Babx, la Cigale et les poètes

Le pianiste chanteur était à la Cigale, lundi 27 novembre, pour l’unique concert de sa ‘‘tournée‘‘ Ascensions.

L’entracte n’a pas duré longtemps. Cinq minutes à peine. Juste le temps d’imaginer quels curseurs on triturerait sur Lightroom pour retoucher les quelques photos prises. Babx se plante sur le devant de la scène micro en main. Voix douce, chevelure bouclée un peu folle, costume aux manches retroussées. « C’est le premier concert de la tournée. Et c’est aussi le dernier. » Rires du public. « On a expédié rapidement Ascensions pendant la première partie, maintenant on va s’amuser un peu. »

Babx

Non que l’on s’ennuyait. Bien au contraire. Mais l’ambiance était grave. Et à la fois légère. Les règles élémentaires de la physique n’avaient plus vraiment de sens. « Je tombe au ciel » récitait d’ailleurs Babx comme un leitmotiv (Omaya, Pt. 1), avant qu’un dialogue ne s’installe, somptueux, entre la batterie rageuse et la voix éthérée de Dorothée Munyaneza (Omaya, Pt. 2). Il fallait filer d’une traite cet album, poétique mais lourd à porter, car conçu post-attentats de novembre 2015.

Dorothée Munyaneza

L’évocation d’un précédent ouvrage, Cristal automatique, est accompagnée par quelques applaudissements. Le public ce soir-là, plus cigale que fourmi, se fout de l’avenir ; il veut replonger avec Babx dans la poésie chantée du passé. Celle de Jean Genet, d’Arthur Rimbaud et de Gaston Miron. Un petit coup de Charles Baudelaire tant qu’on y est. « Usant à l’envi leurs chaleurs dernières, nos deux coeurs seront de vastes flambeaux, qui réfléchiront leurs doubles lumières dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux. »

Babx

Le chanteur s’approprie les mots ; la musique lui appartient. Parfois minimaliste, parfois généreuse, souvent atmosphérique. Elle est servie par Marielle Chatain (saxophone baryton), Sébastien Gastine (contrebasse), Frédéric Jean (batterie), Julien Lefebvre (violoncelle et guitare), Dorothée Munyaneza (chant), David Neerman (vibraphone et orgue) et Thomas de Pourquery (saxophone alto). Qui poussera même la (sublime) chansonnette le temps d’une reprise de Sun Ra (Love in outer space).

Marielle Chatain et Babx

La Cigale assiste, ce lundi soir, à un concert de potes. Et, visiblement – grâce aux bouts de conversations glanés par-ci par-là -, pour les potes. Représentation unique, après tout. Il ne fallait pas la louper. Babx, lui, ne loupe pas sa sortie. Pour le dernier rappel, il s’installe derrière son piano, seul en scène. « J’aime la vie quand elle rime à quelque chose, j’aime les épines quand elles riment avec la rose, j’aimerais même la mort si j’en sais la cause. » « Rimes », de Claude Nougaro, sonnait comme une évidence, pour ponctuer une soirée passée avec les poètes.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*