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Leïla Huissoud : Quand l’Auguste se raille de la chianteuse

Vous connaissez Auguste ? Bien sûr que oui ! Tout le monde connait Auguste, ce fameux clown au nez rouge. Auguste, ce pitre totalement impertinent qui se lance dans toutes les bouffonneries et déstabilise le clown blanc dont il fait sans cesse échouer les entreprises. C’est dans ce personnage que Leïla Huissoud s’est identifiée et c’est donc tout naturellement qu’elle en a fait le titre de son dernier album sorti en novembre 2018.

Ce s’ra auguste, on choisit pas/ De quel côté des rires on va/

Moi j’ai pioché l’air imbécile/ Qui caractérise le style/

On m’a fait clown et puis voilà/ L’sourire crucifié sur la voix/

Parait qu’les gueules qui font marrer/ Ont souvent les joues mouillées

Leïla Huissoud

Ce 6 mars, c’est à la Brasserie Sauvenière à Liège (Belgique) qu’Auguste pose ses bagages et son nez rouge.

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Avec l’Auguste, Leïla Huissoud renoue avec sa passion pour le monde circassien et rend un petit hommage à son grand-père qui l’y emmenait souvent. Incontestablement, le personnage d’Auguste lui ressemble. C’est d’ailleurs avec ce titre éponyme que Leïla commence son spectacle derrière son miroir. Ce soir, sous son chapiteau, c’est tout son monde qu’elle nous dévoile, car chaque chanson raconte une histoire. Notamment celle de Loulette, cette chanteuse qui n’a rien à dire mais qui le fait bien, dans « La farce » : t’as rien à dire mais tu l’fais bien / t’as qu’à sourire avec les dents / Pis on applaudit à la fin. Une chanson qui reflète bien l’univers de l’album, un morceau décalé avec l’insolence qui la caractérise.  Habitée par sa gouaille et portée par une voix qui rappelle Edith Piaf, elle enthousiasme le public assis, verre en main, autour des tables de la brasserie Sauvenière. Nous avons comme l’impression d’être retournés en plein cabaret des années 30.   

La voix se fait plus douce ensuite quand elle chante sa famille :  son père d’abord, lui qui lui a transmis sa passion pour la chanson française (Lettre au père), ses deux sœurs, Manon et Fanny ensuite, quand avec nostalgie elle évoque le lien qui les unit, un lien qui s’étiole au fil du temps parce que la vie nous emmène sur des chemins différents :

On aime s’montrer qu’on a grandi/ Qu’on n’est pas mieux mais qu’il y a d’l’envie/

Maintenant on s’ressemble plus vraiment/ Y a bien la gueule mais pas l’dedans/

Depuis le temps qu’on s’comprend pas/ Qu’on perd le fil à p’tits coups de choix/

A grand coup d’déménagement/ De belle famille, de beaux-parents/

On se verra aux anniversaires…

Leïla Huissoud

Et puis, aidée par ses deux musiciens aussi talentueux en coiffure et en maquillage qu’aux claviers et à la contre-basse, la chanteuse se transforme en chianteuse. Lunettes et bouche en cœur, boa rouge et rouge aux lèvres qui déborde des lèvres, Leïla se moque gentiment de ces starlettes du showbiz à l’ego surdimensionné, ces « empaffées du micro, sensibles et torturées, chieuses en un mot ». Le tableau est parfait, excessivement drôle. Leïla fait son cinéma et elle le chantera aussi juste après en reprenant le titre de Claude Nougaro, « juste pour son kif » et le nôtre bien évidemment.

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La chianteuse…

Leïla nous révèle ses talents d’actrice en interprétant la fille alcoolisée pour introduire L’enfant communiste, chanson sur le thème saugrenu de l’amour pendant les menstruations féminines : Parce qu’on se fout des règles/ Parce qu’on s’aime au-delà/ Il f’ra de sa naissance une grève/ Et du rouge son combat.

Selon elle, il n’y a pas de différence entre être auguste ou chanteuse. Dans les deux cas, c’est un métier bizarre. Elle nous parle de ce métier d’intermittent du spectacle : « En gros, on est chômeurs mais c’est déjà super ! » plaisante-t-elle. Ce métier, elle le défend corps et âme, notamment en reprenant un fervent plaidoyer d’Eric Toulis, L’intermittière, une chanson qui défend les clowns et les intermittents du spectacle :

Tirez pas sur l’armée des clowns
Ne gazez pas l’intermittière
Sinon c’te pauvre vieille France
Le beau pays bizarre l’ambiance
Une fois privée d’ses rois d’la piste
Sera encore un peu plus triste

Eric Toulis
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Pur bonheur aussi lorsque Leïla reprend les mots crus mais tendres de  L’indifèle de Patrice Font. « Messieurs, si vous êtes venus accompagnés de votre femme, de votre fiancée, de votre petite amie, de votre future petite amie, si elle se marre beaucoup lors de la chanson qui arrive, ça pue ! » déclare-t-elle avant d’entonner cette chanson paillarde sur l’infidélité :

J’ai beau dire que c’est pas bien
Que j’ me conduis comme une putain
Si j’en crois c’ que dit ma grand-mère
Qui pendant plus de soixante ans
A démerdé les caleçons blancs
D’un vénérable fonctionnaire
J’ai beau me dire qu’une vraie fille
Doit faire honneur à sa famille
Quand elle a dit oui devant Dieu
Y a rien à faire j’entends mon cul
Qui veut descendre dans la rue
Pour monter dans un autre pieu

Patrice Font

Le spectacle se termine par un véritable coup de génie quand elle répond à « L’orage » de Georges Brassens en donnant pour la première fois la parole au vendeur de paratonnerres. Qu’on laisse pour une fois la parole aux cocus !

Je lui ferai pas l’honneur de blâmer la Vénus

Qui me tailla des cornes dans le bois de sa pipe

C’est lui que je lynchais, suspendu par le slip

A son arbre fétiche qu’il chantait mordicus

Moi qui arpente la province

Pour vendre mes paratonnerres

Voilà qu’ma femme s’envoie en l’air

Avec ce con de Georges Brassens

Leïla Huissoud

En rappel, Leïla nous offre une autre reprise de Patrick Font accompagnée de 3 petits apprentis chanteurs appelés sur scène. Les entendant chanter en coeur, Leïla les invite façon école des fans. Superbe moment très drôle à nouveau! Avec l’étoffe d’une grande, le charme et la simplicité, en alliant colère, révolte et culot, Leïla fait d’Auguste un véritable numéro de cirque qu’il sera encore temps d’aller découvrir une fois que nous aurons combattu ce maudit virus!

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