Comah : « Ma musique, c’est vraiment personnel, c’est ce que je vis tous les jours »

 

Sur la scène techno internationale, il est incontournable. En à peine plus de deux ans, Comah s’est imposé comme l’ambassadeur du genre minimal progressive. Après son passage au Positiv Festival en 2015, le DJ et producteur toulousain revient à Marseille pour enflammer, cette fois, la Friche la Belle de Mai. A l’occasion de la 18ème édition de Marsatac, Charly nous reçoit dans sa loge, avant de monter sur la scène du Cabaret. A 27 ans, le poulain de Pleiade Production n’a pas fini de faire parler de lui.
ComahConcert Mag : En juillet, tu étais en Belgique pour le Dour Festival. Tu as aussi joué ailleurs en Europe, au Mexique, en Afrique du Sud, en Hongrie ou au Brésil… Après avoir rencontré beaucoup d’artistes internationaux, et leur public, comment perçois-tu la scène techno française ? Y a-t-il des pays que tu n’as pas encore fais et où tu voudrais te produire ?

Comah : Franchement, la scène française est vraiment développée. Ici les jeunes sortent, ils écoutent de la musique super underground et sont assez réceptifs. Certains seront peut-être pas d’accord mais je trouve que ça bouge vraiment en France. Cet été j’ai presque fait que des scènes françaises. Bon, c’était éclectique, y avait pas que de la techno, mais quand j’étais devant le public, tout le monde s’éclatait ! Après j’aimerai quand même faire une tournée aux Etats-Unis, au Canada et en Australie aussi, ça serait cool !

Les samples sont une composante très importante de tes productions. Est-ce qu’ils sont tous en français ?

Non, pas tous. J’ai fait des collaborations avec des gars portugais et brésiliens, des fois ils posaient leurs propres voix sur mes compos. Quand je produis seul, j’utilise que des samples en français… enfin, je crois. C’est ma langue, et je trouve ça trop cool de débarquer en soirée et d’entendre des voix françaises. Dans l’électronique, on voit pas trop ça. A la limite, vite fait dans la hardtek… Je pense que les passages en français accrochent vachement le public. Si j’avais fait par exemple La Reine Rouge sans les voix françaises, ça aurait vraiment perdu un gros impact.

Justement, dans ces voix que t’utilises, beaucoup sont extraites de films. Je pense notamment à Matrix pour La Pilule Rouge, 300 pour la track Sparties. Ta collab’ avec Droplex et Breech, Le Tueur au Puzzle, évoque inévitablement Saw… Toutes ces références, ça veut dire que t’es un grand cinéphile ?

En fait, j’ai fait des études de sound design, parce que je voulais travailler dans le cinéma, les films d’animation, tout ça. Donc oui, y a vachement de trucs de films, mais y en a aussi pas mal de jeux vidéos. Bon, en ce moment j’y joue plus du tout, mais quand j’étais jeune, j’étais un gros geek… Alors je me suis dit que je pouvais mettre des passages, des petits shots de voix, genre « vous allez tous mourir » ! Ca appuie grave la musique que je fais, du coup c’est quelque chose que j’utilise pas mal de fois.

En dehors du gaming et du cinéma, qu’est-ce qui t’inspire en général ? Des artistes en particulier, des expériences de ta vie quotidienne, ou complètement autre chose ?

Y’a pas vraiment d’artistes qui m’inspirent. En fait ma musique, c’est vraiment personnel, c’est ce qui sort de moi, par rapport à tout ce que je vis, tous les jours. Des fois je suis avec mes potes en train de boire un verre, et je pense à un rythme ou un truc comme ça, alors je le note ou je l’enregistre avec mon dictaphone pour m’en rappeler, genre je fais la voix, et tout ! Sinon j’écoute de tout, du rap, de la frenchcore bien violente, de la pop, des chansons d’amour, tout ce que tu veux ! Par contre j’écoute pas mes sons. Quand je les produis, je les entends déjà 1000 fois.

Comah

Dans beaucoup d’esprits, t’es considéré comme le pionnier de la minimal progressive. En tant que DJ, qu’est-ce que tu penses apporter à ce genre musical ?

Euh… c’est une question compliquée ! Je te dis franchement, je fais ça comme ça, sans me poser de questions. Au début je voulais juste faire de la musique, produire des trucs. Certains sont complètement différents, et ne sont jamais sortis. Mais des fois je m’ennuyais en soirée, et je me disais « il faut quelque chose de violent, qui frappe », mais sans forcément atteindre des BPM très élevés, genre vers 125, 128, sans partir dans le hardcore ou la psytrance. C’est fluide, naturel, j’aime les basses avec une bonne rythmique qui donnent un sens à mes tracks. Du coup, la minimal prog est née.

Tu produis depuis près de deux ans. Finalement, tu fais ça depuis peu de temps. Ca te semble possible qu’un jour on t’entende dans un tout autre style ?

Ouais, je l’ai déjà annoncé. J’ai fait un nouvel EP, de cinq tracks, qui est terminé. Normalement, ça sort fin novembre. Quand tu vas l’écouter, tu vas reconnaître que c’est moi, que c’est Comah tu vois, mais ça va pas être violent comme avant. Ma musique, c’est pas une musique à écouter tout le temps, c’est un truc où, quand tu la mets en soirée, tu vas devant le caisson. Là j’ai envie qu’on puisse faire autre chose en m’écoutant, mais que les gens trouvent quand même ça cool de m’avoir dans les oreilles. C’est un truc différent, je sais pas comment expliquer, mais ça reste toujours underground. Justement, ce soir à Marsatac, je vais essayer deux nouvelles tracks, avec une autre intro que Sparties…

J’ai l’impression que ce soir, beaucoup de festivaliers associent ton nom à la musique trance. T’as l’habitude d’entendre ça ?

Ouais, souvent sur mes réseaux sociaux, y a des débats autour de ça parce que j’ai déjà fait des scènes trance. Après le BPM est pas le même. A la limite, mes rythmiques peuvent rappeler la trance, un peu comme une sous-branche. Mais « minimal progressive », je trouve que ça correspond bien à ce que je fais.

Pour finir, tu pourrais définir ta musique en un mot ? Ta vision personnelle, sans rentrer dans la définition du genre.

Euh, je dirais… impulsif.

 

Propos recueillis par Solène Peillard

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