Vox Pompidou électrise le Bus Palladium

Vox Pompidou électrise le Bus Palladium

Vendredi dernier, Vox Pompidou a réchauffé le public parisien lors de son passage au Bus Palladium. L’occasion d’égrainer les titres de son premier album, « Pompidou », sorti en avril cette année.

« L’électricité est une énergie. » André-Marie Ampère ? Michael Faraday ? Thomas Edison ? Non. Vox Pompidou, une fois branché à ses amplis. Le quatuor montpelliérain, figure montante – et pas seulement parce qu’il arrive tout droit d’Occitanie – du rock tricolore dans ce qu’il a de plus brut, l’a prouvé vendredi soir au Bus Palladium. Le temple mythique de la rue Pierre Fontaine a accompagné la naissance du genre en France au milieu des 60’s. Logique qu’un groupe qui carbure aux riffs saturés – mais pas que – ait voulu y faire un tour.

vox-pompidou-bus-palladiumLa petite troupe (Mélodie Pastor au chant, Vincent Ferraris à la guitare, Mike Pobo à la basse et Samuel Devauchelle à la batterie) était à Paris pour défendre son premier album (1). Ou pour le jouer, plus exactement. Car son 12-titres a-t-il seulement besoin d’être « défendu » ? En plus de critiques sympathiques, Vox Pompidou a été chroniqué dans la Pléiade du rock français, le cinquantenaire « Rock & Folk ». Qui, d’ailleurs, fut créé à la même époque que le Bus Palladium – coïncidence ? A la plume, Stan Cuesta, musicien et auteur de plusieurs biographies, dont une sur Queen et une autre sur Nirvana. Autrement dit : quelqu’un qui s’y connait en matière d’électricité – et pas statique.

vox-pompidou-bus-palladiumLorsque les lumières de la salle s’éteignent, on s’attend donc à être secoué d’une minute à l’autre. Bingo. Le quatuor n’est que trois sur scène ; le micro est orphelin, mais la basse souffle, la guitare crache et la batterie se décharge sur l’auditoire. Au bout de quelques secondes, une chevelure frisée en legging montée sur compensées futuristes de dix centimètres fait son apparition. Dans sa main, un pistolet en plastique vert à embout lumineux. Pourquoi la chanteuse nous fait-elle penser au personnage de Sadia dans Starmania ? Aucune idée. Quoi qu’il en soit, le trio est désormais quatre on stage.

Et il ne faut pas plus d’un couplet pour constater qu’il a totalement pris possession de son espace scénique – après plus de deux mois de tournée, le groupe est plutôt rodé. L’un des membres nous confiait en interview (à lire ici) qu’il pouvait y avoir un brin de – bon – stress avant de monter sur scène. Eh bien, manifestement éjectée, la pression – dans notre verre aussi, d’ailleurs, vide. « I don’t give a shit » résonne dans les baffles. C’est vrai, on s’en fout après tout ; même si la bière, ça fait quand même sacrément rock – merde.

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A défaut de houblon, on savoure l’expressivité – faciale, corporelle mais aussi vocale – de Mélodie Pastor. Qui a cette faculté, assez délicieuse à l’ouïe, il faut bien le reconnaître, de triturer sa voix pour faire d’une ligne mélodique un gémissement polisson et aguicheur (« On stage »). Derrière elle, Samuel Devauchelle bastonne sa caisse claire avec le toucher d’un orfèvre métronome – il nous confiera plus tard venir du jazz. A sa gauche, Mike Pobo assure tout en souplesse la ligne de basse et, à sa droite, Vincent Ferraris fait parler le métal de sa Les Paul – un son clair et br(a)illant : on parie sur des cordes en acier inoxydable.
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Entre deux morceaux, « Mélo » s’adresse au public ; la plupart du temps, c’est avec une voix enfantine. Pour reposer ses cordes vocales ? Le contraste avec ses envolées saturées – mais toujours justes – de metal diva est saisissant. Quand ce n’est pas pour lui demander si « ça va toujours le Bus ? », c’est pour être bien sûre qu’il entende le bruit de son flingue passé au microphone. Une enfant, vous dit-on. Qui peut tout de même switcher vers un clavier Korg en retrait de la scène, pour claquer une intro tout droit sortie d’un album des Strokes – gratte overdrive en plus (« End of their world »). Et quand vient le refrain, « sharks are swimming in the fountains ». LSD ? Rimbaud ? Pas du tout, d’après Mélodie, qui nous a assuré, avant le concert, avoir déjà vu des « requins nager dans les fontaines » – lisez donc l’interview.

vox-pompidou-bus-palladiumOn est, en tout cas, loin des comptines amoureuses que fredonnaient les Buddy Holly et autres Presley. Un requin dans une fontaine, c’est plus proche d’une « Lucy dans le ciel avec des diamants » que d’une « Peggy Sue ». Pourtant, Vox Pompidou se réclame bien du rock and roll – branche hédoniste et « à la cool ». C’est que, pour Vincent Ferraris, le rock est affaire d’énergie, et rien d’autre. Il doit être électrique, certes, mais peut être éclectique. Et l’éclectisme est ce qui saute aux oreilles à l’écoute de leur premier album, où les nappes saturées font parfois place à des instrumentaux hyper planants. Et hyper plaisants – moins pour le repos des oreilles que pour la jouissance de goûter à l’éther (« Spaces » et « Moon Rings »).

 

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Le groupe jouera sur scène la quasi-totalité de son 12-titres. Mentions spéciales à « Animal », où la voix, alternativement susurrée et rugissante, tient parfaitement la baraque face aux cordes, tantôt maltraitées tantôt étouffées, de la guitare ; à « Heavy Blues », aussi, morceau imprévisible et délicieux d’audace – ce pont aérien au milieu ! Lorsqu’on retrouve Vox Pompidou dans sa loge, on lui tend le micro pour recueillir les premières impressions. Le mot « plaisir » est celui qui reviendra le plus. Vincent Ferraris, à peine sa guitare lâchée, nous demande tout de même si le public s’est lui aussi amusé. Oui, lui répond-on. Parce que l’électricité est une énergie. Communicative en plus.

 

(1) « Pompidou » (Head/La Baleine, 2016).

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